Constats et propositions du séminaire Eurogrippe
Séminaire Eurogrippe
3, 4, 5 septembre 2008
Angers – France
Pour faire face aux risques liés à une pandémie grippale, l’Union européenne a conduit un travail important de préparation depuis plusieurs années. A la suite de réunions tenues par la Commission européenne et par l’OMS en 2005 et de la conférence de Londres de juillet 2007, la France a organisé, en coordination avec la Commission européenne et avec l’appui du Centre européen de contrôle des maladies, un séminaire intergouvernemental « Eurogrippe » du 3 au 5 septembre 2008 à Angers.
Ce séminaire avait pour but d’identifier les faiblesses et écarts critiques qui peuvent exister entre les plans de préparation à une pandémie grippale des Etats-membres de l’Union européenne et de l’Espace économique européen, afin de proposer un programme de travail visant à les atténuer. Il avait aussi pour but d’identifier les besoins de coordination
intersectorielle au niveau de l’Union européenne.
Des travaux du séminaire, ressortent plus particulièrement les points suivants :
1. Constat
Plusieurs intervenants ont observé un essoufflement de la mobilisation autour du sujet de la préparation à la pandémie grippale.
La pandémie grippale constitue pourtant toujours l’une des principales menaces qui pèsent sur nos sociétés (repris notamment dans le récent rapport de la Chambre des Lords, juillet 2008).
L’évolution de la situation épidémiologique animale indique que le risque de pandémie grippale n’a pas diminué car le virus est à l’état endémique dans plusieurs pays notamment d’Afrique et d’Asie.
Face à cette grave menace dont la date de survenue reste inconnue, des travaux préparatoires importants ont déjà été réalisés par :
- les Etats membres : planification, acquisitions de produits, formation, information, mise en place d’organisations dans le champ de la santé.
- la Commission européenne : impulsion d’initiatives, coordination, réalisation d’exercices.
- l’ECDC : expertises scientifiques et techniques, évaluation des plans de préparation des pays, élaboration de guides.
- L’OMS : révision des guides de préparation à la pandémie grippale.
Ces initiatives s’inscrivent dans un contexte international en lien avec les pays voisins, l’OMS, l’OIE et l’UNSIC3.
Toutefois, le résultat de ce travail de préparation se révèle hétérogène au niveau des Etats membres, incomplet dans le champ de la santé et surtout dans les secteurs hors santé (des pays n’ont pas pris en compte à ce jour une dimension intersectorielle dans leur planification).
De plus, lors des travaux en ateliers et de l’exercice de communication, il a été mis en évidence que des différences entre les décisions prévues par les Etats membres pourraient compliquer l’interopérabilité des plans en situation de pandémie et de la sorte renforcer la possibilité d’une crise médiatique.
Plusieurs thèmes prioritaires ont été identifiés comme susceptibles de conduire à des écarts critiques, certains de ces thèmes étant intersectoriels.
Les représentants des pays ont fait part de leur volonté que les travaux engagés dans le séminaire soient poursuivis.
Un sondage anonyme réalisé parmi les délégations des pays présents a permis de dégager des actions qui apparaissent particulièrement prioritaires.
2. Propositions
Au terme de ce séminaire, plusieurs propositions sont formulées :
a) Face au risque potentiel, il est indispensable que soit maintenue la mobilisation politique aussi bien dans la lutte contre l’épizootie que dans la préparation des pays face à une pandémie grippale.
La préparation à une pandémie revêtant un caractère intersectoriel, touchant des fonctions essentielles de l’organisation de la société et présentant des enjeux importants en termes de ressources humaines, constitue également une aide à la
gestion d’autres menaces pesant sur nos sociétés.
La reprise régulière de ce thème par les gouvernements des Etats membres, mais aussi au sein du Conseil européen, contribuerait à améliorer la préparation.
Les travaux futurs devront relever d’une structure qui soit en mesure d’aborder la problématique dans ses dimensions intersectorielles. Une coordination et une mobilisation forte entre les Directions générales de la Commission européenne doivent accompagner les travaux engagés. Une consultation et une concertation entre les Etats membres avant la prise de décisions sont essentielles.
b) En tout état de cause, les thèmes techniques suivants doivent être abordés en priorité :
Dans le secteur de la santé :
- La diffusion et le développement de la préparation aux niveaux nationaux et locaux.
- La poursuite des efforts engagés : d’une part pour suivre, notamment, les épidémies de grippe saisonnière et d’autre par pour encourager la vaccination des populations cible.
- La déclinaison de la préparation à une pandémie des niveaux nationaux aux niveaux locaux.
- L’importance de la mobilisation des moyens de l’Union européenne et de la collaboration avec l’OMS permettant d’acquérir des informations épidémiologiques, virologiques et cliniques détaillées sur le virus pandémique dans les premières semaines d’apparition de cas possibles ou réels de transmission interhumaine.
- Les aspects relatifs aux vaccins pandémiques ainsi que ceux plus délicats concernant les vaccins H5N1, dits pré-pandémiques.
- La poursuite des travaux de recherche et de développement sur les vaccins et les nouveaux antiviraux, sur l’épidémiologie, les contextes sociaux, les comportements individuels pendant une crise, ainsi que sur les mesures non
médicales.
- Le suivi des résistances aux médicaments antiviraux.
Dans les autres secteurs :
- La plupart des ateliers ont identifié le besoin de renforcer la dimension intersectorielle de la préparation à une pandémie grippale aussi bien au niveau des Etats membres que de la Commission européenne. Concernant la continuité
économique, une préparation de l’opinion publique et l’envoi de signaux forts au secteur privé sont nécessaires pour assurer une bonne coordination.
- La fermeture des frontières devrait être évitée autant que possible compte tenu d’un niveau important d’interdépendance entre les Etats au sein de l’Union Européenne. La continuité des services essentiels pourrait être fortement pénalisée par la fermeture des frontières.
- Une préparation sur les échanges transfrontaliers aux niveaux national et régional devrait être encouragée en tenant compte des particularités locales. Une cartographie européenne de ces coordinations et des interdépendances en termes de ressources essentielles et de leur stockage (électricité énergie) ou de sécurité, pourrait être établie et régulièrement mise à jour.
Dans tous les secteurs :
- Plusieurs ateliers ont souligné que les aspects de communication constituent un défi majeur, dans le secteur sanitaire comme dans les autres secteurs. En effet, les stratégies de communication devraient intégrer la perception et de la compréhension par les populations des mesures complexes mises en œuvre, de la cohérence des conseils et des recommandations ainsi que des différences éventuelles entre les Etats-membres.
- La poursuite des travaux pour mieux appréhender les conséquences sociales et économiques de la fermeture des écoles (notamment les critères de déclenchement et d’arrêt de la mesure.
c) Les travaux devront inclure une dimension éthique.
Doivent être pris en considération, les aspects de solidarité, financiers (utilisation du fonds existant de solidarité de l’Union européenne), entre les Etats-membres. Doivent également être encouragés les partages d’expérience et échanges d’informations.
Un appui doit être apporté aux Etats-membres en matière d’expertise notamment par l’ECDC. L’ensemble des travaux proposés pourrait contribuer à l’actualisation de la communication de la Commission du 28 novembre 20054, afin notamment de prendre en compte les aspects intersectoriels, l’évolution des connaissances et des moyens disponibles ainsi que, d’une part, les recommandations de l’ECDC et d’autre part, les dispositions du plan OMS qui doit être mis à jour prochainement.